Les armes nucléaires : Le mal du siècle

La pandémie de COVID-19 nous amène à prendre conscience des vulnérabilités de notre monde. Nous constatons que nous pouvons faire preuve d’une capacité de résilience, mais surtout, nous faisons le constat amer de nos failles et de notre fragilité. Cette pandémie démontre que nos sociétés peuvent faillir, face à une crise sanitaire. Aujourd’hui, en France, la progression de l’épidémie de COVID-19 est exponentielle. La dynamique de la transmission en forte croissance est très préoccupante.… Ce virus nous touche tous ! Nous avons pris conscience de l’ampleur de cette pandémie, mais sommes-nous capables d’ouvrir les yeux sur une autre menace, pourtant plus prévisible ? Celle d’une attaque d’une arme nucléaire ?

Contrairement aux armes conventionnelles, l’impact des armes nucléaires peut causer des dommages bien au-delà de la zone d’impact, mais aussi bien après le bombardement. Cet extrait d’une communication de l’adjoint du Docteur Junod, délégué du Comité International de la Croix-Rouge et premier médecin à secourir les victimes de la tragédie d’Hiroshima démontre bien l’horreur de la situation: « Avons visité Hiroshima, télexe Bilfinger. Conditions effarantes. Stop. Ville balayée. 80% des hôpitaux détruits ou sérieusement endommagés. Stop. Les conditions dans les services d’urgence dépassent toute description. Stop. Les effets de cette bombe sont mystérieux. Besoin de dépêcher sur place une commission médicale d’enquête. ». L’insupportable est à venir: « Vers douze heures, nous survolons Hiroshima. Moi et mes collègues regardons avec anxiété par les hublots et découvrons une vision que personne n’a jamais vue auparavant. Le centre-ville a été aplati comme le creux de la main. Plus rien. C’est une vision d’effroi. ».

À la lecture de ce témoignage, on ne peut qu’en conclure que les conséquences humanitaires catastrophiques de l’emploi d’une arme nucléaire ne peuvent être tolérables. Force est de constater que le prix à payer est trop grand. Alors sommes-nous prêts à prendre le risque qu’une telle situation se reproduise ? Que ce soit par accident, à cause d’un acte de malveillance ou de l’inconséquence d’un chef de guerre ? Je ne le crois pas. Nous devons retenir une chose du témoignage de ces médecins : plus jamais ça ! Tant qu’il subsistera des armes nucléaires nous vivrons avec cette épée de Damoclès, avec le risque de vivre une catastrophe nucléaire.

Mon engagement s’inscrit dans le respect des principes du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et de ma mission. En qualité de formatrice en droit international humanitaire à la Croix-Rouge française, je diffuse et assure la promotion du droit international humanitaire. Mon rôle est aussi de rappeler aux plus jeunes les conséquences humanitaires, mais également les implications en vertu des principes et des règles du droit international humanitaire. Dans un monde multilatéral complexe, il m’apparaît primordial de rappeler que le droit international humanitaire nous apporte un cadre juridique que l’on doit respecter, renforcer et non affaiblir.

Je souhaite rappeler quelques principes du droit international humanitaire :

Les principes de distinction, de proportionnalité, de précaution, de l’interdiction des attaques indiscriminées, de l’interdiction de l’utilisation d’armes de nature à causer des maux superflus, des souffrances inutiles et des dispositions protégeant l’environnement. L’arme nucléaire ne respecte aucun de ces principes, notamment parce qu’elle ne fait pas la distinction entre un objectif militaire et un objet civil. L’arme nucléaire plonge les victimes dans une effroyable agonie et entrave l’action des secouristes, sans compter l’impact désastreux sur l’environnement et par là même sur la possibilité pour la population de retourner vivre sur les lieux.

C’est pourquoi le Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a rappelé dans la tribune (Le Monde, 6 août 2020) “75 ans après Hiroshima et Nagasaki, l’ombre d’une guerre nucléaire plane toujours sur nos têtes”, signée par les présidents de treize Sociétés Nationales du Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge – dont Professeur Jean-Jacques EledjamPrésident de la Croix-Rouge française  – , ainsi que par le Président du Comité International de la Croix-Rouge et celui de la Fédération internationale de la Croix-Rouge, l’impératif humanitaire de veiller à ce que les armes nucléaires ne soient plus jamais utilisées. Car force est de constater que nous ne serions tous impuissant face aux conséquences de l’utilisation d’une arme nucléaire. Ce contre quoi nous ne pouvons lutter, nous devons nous en prémunir.

Cette arme remet en cause les fondements du droit international humanitaire et l’action de secours du Mouvement International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. C’est pourquoi, collectivement, nous avons le devoir de nous poser cette question : Les armes nucléaires ont-elles encore leur place dans notre monde ?

 

Sarah NasrDiplômée d’un master II de géopolitique de l’ENS, est bénévole à la Croix-Rouge française depuis plus six ans. Elle est formatrice pour le Pôle DIH au sein duquel elle est investie depuis 4 ans. La question du désarmement nucléaire est un sujet qui  la touche particulièrement et elle à coeur d’en faire le plaidoyer. C’est d’ailleurs, pour cette raison que Saraha a soutenu un mémoire sur les conséquences humanitaires catastrophiques de l’utilisation des armes nucléaires.
Ce texte fait partie du projet « Génération Y : on vous écoute »  lancé le 18 mai 2020 par ICAN France

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