Importantes contaminations lors des expériences complémentaires

Le témoignage qui va suivre est un courriel de Paul Keryell à Michel Verger, vice-président de l’Aven, daté du 18 octobre 2004.

 

« De mars à juillet 1963, j’ai été (si j’ose dire!) « contrôleur de la radioactivité » du champ de tir et donc aussi lors des essais effectués pendant cette période. J’étais donc à la base avancée d’Hammoudia. Tous les jours (en principe) j’allais sur le champ de tir contrôler la radioactivité en point donnés et voir si rien n’était anormal.

En mai ou juin 1963, il y a eu sur le champ de tir  des essais avec des militaires et des scientifiques (CEA…). A ma connaissance, ces essais avaient posé des problèmes et ne s’étaient pas bien passés. Ils avaient je crois occasionné des surprises et disons des incidents! C’était, de ce que j’en ai su, des essais sur des « pétards » (en terme que j’avais retenu) ou barreaux d’uranium ou de plutonium pour déterminer des vitesses de propagation dans la matière, des masses critiques, des temps de ceci ou cela …

Les essais avaient commencé très tôt le matin à la fraîche au lever du jour. Le retour, en milieu ou presque fin de matinée, après des essais/explosions faits en tranchées ou galeries souterraines, paraissait très précipité et marqué par une certaine panique, voire une panique certaine. Certaines personnes que j’ai contrôlées (au DOM 410), en tenue blanche totalement étanche, avec masque, gants et bottes pleins de particules radioactives apparemment inenlevables.

Je me souviens même parfaitement du commandant Fabréga de la base Hammoudia qui, exaspéré par ‘n’ lavages et contrôles et par la chaleur qu’il faisait sous ce blindage étanche, s’est fâché après moi, m’a balancé des petits mots … et a dégrafé d’un coup toute sa tenue pour s’aérer alors qu’il était encore très au dessus de la dose au DOM. Après le passage devant le compteur à la dose maximale autorisée en tous points, c’était  le passage à la zone de déshabillement, et à suivre plus loin, la douche …

Une remarque que je fais depuis que je fais depuis que j’ai pris plus conscience du risque par l’Aven, est le transport des gens contaminés dans les voitures, camions, hélicos … de la zone des essais à ce point de décontamination. Ces même moyens de transports resservaient aussitôt après comme ça. De même pour le lavage à la lance avec toutes les particules qui restaient par terre et qu’on repiétinait aussitôt après. Pas de grandes précautions particulières non plus pour le cheminement piétonnier où les particules radioactives se promenaient donc un peu partout.

Au lendemain de ces essais, j’ai parfaitement en mémoire qu’on a parlé de morts à l’hôpital de la base de Reggane par suite d’opérations de l’appendicite par l’aspi. chirurgien, critiqué pour incompétence. Tout le monde balisait pour aller consulter pour quoi que ce soit.

Je ne fais aucun rapprochement avec les morts des cercueils, car je n’ai bien sûr aucun argument pour cela. Il faudrait déjà voir les registres des essais en question et ceux de l’hôpital, pour une éventuelle concordance de dates. Mais, ta demande sur les cercueils et ces morts par appendicite (que j’ai toujours personnellement trouvées bizarres), m’interpellent! Et, de tout cela je m’en souviens comme si c’était hier.

De plus, le commandant Frabéga (qui était jeune) est peut être toujours en vie et il sait bien sûre parfaitement ce qui s’est passé. Bien, ce ne sont là que des faits vécus, relatés avec objectivité, qui, ajoutés à d’autres et recoupés avec eux, peuvent peut-être faire avancer le triste schmilblick. »

Témoignage tiré de l’ouvrage: « Essais nucléaire français : L’héritage empoisonné » – Bruno BARRILLOT (Observatoire des armements)

 

 

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