OEWG, jour 7: le fossé se creuse

OEWG_ICAN_OpenningLes échanges qui ont eu lieu la septième journée portaient sur le panel VI concernant d’autres mesures – réexaminant le rôle des armes nucléaires dans la sécurité et d’autres contextes du 21ème siècle. De jours en jours, le fossé se creuse entre les États décidés à obtenir une interdiction des armes nucléaires et les autres.

 

Intervenants :

  • James E. Cartwright  a présenté le rapport  de la Commission sur les Risques Nucléaires de Global Zero et a affirmé qu’un échange d’armes nucléaires  entre États représentait la troisième plus grande menace existentielle.
  • Paul Ingram a suggéré que pour inciter les États disposant d’armes nucléaires à renoncer à ces  armes, les États doivent  mettre en évidence leurs engagements concurrentiels. Il a également évoqué le fait que les États disposant d’armes nucléaires avaient boycotté le Groupe de travail de l’ONU sur le désarmement nucléaire  (OEWG) à cause de la discussion sur l’interdiction des armes nucléaires. Les participants devraient accepter l’idée qu’il n’y a pas qu’une moralité et ne devraient pas prétendre détenir  la « vraie  moralité »

Soutien à l’interdiction ou à d’autres mesures pour le désarmement et la non-prolifération

  • La Malaisie a  insisté sur le fait que les conditions pour un désarmement  ne peuvent être acceptables que lorsque les États  les rendent  acceptables. Les États peuvent les rendre acceptables en interdisant les armes nucléaires.
  • L’association Hidankyo a rappelé ce qu’ont vécu les survivants des attaques d’armes nucléaires et  a appelé à un soutien à sa pétition pour leur élimination.
  • L’Irlande a fait remarquer que les armes nucléaires n’ont pas de but militaire, la dissuasion étant un argument fallacieux. L’Irlande s’inquiète de voir que les normes interdisant l’utilisation des armes nucléaires semblent affaiblies. La Corée du Nord conduit des essais nucléaires. Certains États disposant d’armes nucléaires profèrent des menaces sans ambigüité. Des groupes non étatiques cherchent ouvertement à obtenir des armes de destruction massive. Et enfin, les investissements pour la modernisation des armes nucléaires continuent.
  • La Jamaïque a attiré l’attention sur le document de travail WP.4 et NGO/22 au sujet du démantèlement de la dissuasion nucléaire. Les armes nucléaires  sont  inefficaces face aux  menaces sécuritaires actuelles. Il serait plus judicieux d’un point de vue sécuritaire mondial d’interdire  et éliminer les armes nucléaires.
  • L’Autriche  a souligné que la dissuasion nucléaire n’est pas un cadre pertinent pour la sécurité au 21ème siècle. Justement, c’est en raison de l’insécurité actuelle qu’il  est urgent  de parvenir au désarmement nucléaire. La seule sécurité commune de ce monde est la sécurité des populations, la sécurité humaine.
  • L’Afrique du Sud a souligné que par expérience, les armes nucléaires n’augmentent pas la sécurité, bien au contraire, elles la réduisent.
  • L’Équateur  s’est interrogé sur quel Chef d’État serait capable d’un acte aussi inhumain que de lancer une attaque nucléaire ? Il s’est également interrogé sur la raison pour laquelle les États modernisent leurs arsenaux si ces armes ne doivent jamais être utilisées.
  • L’Équateur a ajouté que les armes nucléaires n’apportent pas la sécurité, bien au contraire. Les populations des pays disposant d’armes nucléaires sont exposées à plus de danger.
  • Le Kazakhstan  a mis en avant la Déclaration Universelle pour un monde sans armes nucléaires adoptée par l’Assemblée Générale des Nations Unies, par sa résolution A/RES/70/57.
  • Le Brésil et Cuba ont souligné la nécessité urgente du retrait des restrictions ou des déclarations interprétatives dans les traités sur les Zones Exemptes  d’Armes Nucléaires.
  • Palau a contesté la qualification de « responsables » attachée à des États disposant d’armes nucléaires, affirmant qu’il était fondamentalement irresponsable de posséder des armes de destruction massive.
  • La Suède a introduit le document de travail WP.39 relatif aux missiles de croisière équipés d’armes  nucléaires.
  • La Suisse est préoccupée par le fait que le rôle des armes nucléaires dans les doctrines sécuritaires n’est pas réduit et par la poursuite du développement des arsenaux.
  • Le Mexique a expliqué que la situation  sécuritaire de l’Amérique Latine et des Caraïbes est principalement due au fait que les États de cette région ne possèdent, ni abritent, d’armes nucléaires.
  • En ce qui concerne le rapport  sécurité « nationale » face à la sécurité « collective », le Mexique a demandé aux États de ne pas oublier le passé. De nombreuses atrocités ont en effet été commises au nom de la sécurité nationale.
  • Le Mexique a fait remarquer que la doctrine de dissuasion menace le Traité sur la Non Prolifération (TNP) et qu’un traité d’interdiction sera « la mesure  définitive de non prolifération » et renforcera TNP.
  • La Colombie a rappelé les propos d’un intervenant de la veille et a demandé aux États de délégitimer les armes nucléaires, comme ils l’ont déjà fait pour d’autres armes.
  • Les Philippines ont réitéré leur soutien pour un traité d’interdiction.
  • Global Zero a averti que tant que les programmes de  modernisation  des armes nucléaires se poursuivaient, le rôle des armes nucléaires dans les doctrines sécuritaires et le risque qu’elles soient  utilisées en feraient de même.
  • Article 36,  au nom d’ICAN, a souligné que la dissuasion nucléaire est une illusion de sécurité. Les armes nucléaires faussent la sécurité de ceux qui les possèdent et les poussent à entretenir des relations hostiles. Un traité d’interdiction réaffirmerait et consoliderait le refus politique et juridique des armes nucléaires qui existe aujourd’hui, réduisant ainsi l’espace qui leur permet encore d’être perçues comme légitimes.
  • L’Indonésie a souligné que la vitesse du désarmement nucléaire ne doit pas être dictée par les États qui possèdent des armes nucléaires. Un nouvel instrument d’interdiction, même négocié sans les États qui possèdent des armes nucléaires, présenterait une mesure efficace sous l’article VI du TNP et coexisterait, soutiendrait et renforcerait le traité.
  • Initiatives pour le Désarmement Nucléaire (IDN) pense que le concept de « bonne foi » de l’article VI du TNP semble avoir été abandonné par la France.
  • OPANAL a souligné que les armes nucléaires sont utilisées chaque jour de façon politique. De plus les États possédant des armes nucléaires ont montré leur manque d’intérêt pour le désarmement nucléaire en ne participant pas au groupe de travail (OEWG).
  • Amplify a averti que les États qui essaient de retarder le processus allant vers un traité d’interdiction mettent en jeu notre futur collectif.
  • Wildfire a présenté les résultats préliminaires de son enquête auprès des candidats au Conseil de Sécurité de l’ONU pour permettre aux États de prendre une décision en connaissance de cause à ce sujet. Il a appelé les États à utiliser leur vote au Conseil de Sécurité de l’ONU pour faire peser le poids politique de la confiance sur les armes nucléaires et pour voter contre les candidats d’alliances nucléaires.
  • P. Ingram a expliqué les conditions pour le désarmement, pas nécessairement pour faire avancer le désarmement nucléaire.

Soutien aux armes nucléaires :

  • L’Estonie, la Pologne, l’Allemagne, le Canada, la Hongrie, la Bulgarie, le Japon, la République de Corée et la Turquie ont mis en avant l’approche pas à pas comme leur option préférée pour aller de l’avant.
  • L’Australie a expliqué que les menaces sécuritaires peuvent être perçues de différentes manières.
  • L’Allemagne, la Pologne, la Belgique, l’Estonie et la Turquie ont souligné que la préoccupation légitime des États pour la sécurité devait être prise en compte dans les discussions pour aller de l’avant.
  • Le Japon, faisant référence à cette raison, a souligné la nécessité de prendre en compte les préoccupations en matière de sécurité de chaque État et a rappelé les mesures de réduction des risques présentées la semaine précédente.
  • L’Estonie a trouvé absurde d’avoir un traité d’interdiction sans les États qui possèdent des armes nucléaires.
  • L’Allemagne a souligné qu’il faudrait s’occuper des tensions régionales pour faire avancer le désarmement nucléaire. Négocier une interdiction sans gérer les implications sécuritaires revient à détacher les armes nucléaires des politiques sécuritaires.
  • La Pologne a expliqué que les armes nucléaires jouent un rôle important pour le maintien de la stabilité et de la sécurité. Un traité d’interdiction « détruirait le système du TNP ».
  • Le Canada a expliqué que les armes nucléaires apportent la sécurité, tout en reconnaissant que ce n’est pas une position populaire. Les négociations et l’adoption d’un traité d’interdiction pourraient être porteurs d’un certain symbolisme satisfaisant, mais ce ne serait pas efficace.

Ce texte est une traduction des « News in Brief » de Reaching Critical Will initialement publiées en anglais. Ce résumé des déclarations n’est pas exhaustif, il met en évidence les positions sur quelques questions cruciales abordées au cours des discussions plénières.

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