Le secteur financier investit plus de 400 milliards de dollars chez les fabricants d’armes nucléaires

Les institutions financières du monde entier ont mis, au cours des 3 dernières années, quelque 402 milliards de dollars à la disposition des fabricants d’armes nucléaires. Le rapport intitulé Ne financez pas la bombe (Don’t Bank on the Bomb), publié aujourd’hui par l’organisation pacifiste néerlandaise PAX, identifie 411 banques, compagnies d’assurances et fonds de pension comme ayant investi dans 28 sociétés impliquées dans la production, la maintenance ou le stockage d’armes nucléaires. S’appuyant sur les preuves avancées dans ce rapport, les militants lancent un appel mondial aux institutions financières et aux gouvernements pour qu’ils cessent une fois pour toutes ces investissements à hauts risques dans les armes de destruction massive.

Le rapport de PAX montre qu’un nombre plus important d’institutions financières reconnaissent le caractère stigmatisant des armes nucléaires et ont adopté des politiques d’interdiction ou de limitation des investissements dans l’industrie d’armement nucléaire ; des politiques qui n’ont pas encore entraîné de baisse des investissements. Aucune institution financière française n’a été identifiée comme ayant une politique d’exclusion claire et complète du financement des armes nucléaires. Le Crédit agricole, le Crédit mutuel, la Société générale, Carmignac gestion et la Financière de l’échiquier sont quelques une des banques françaises épinglées dans ce rapport.

Susi Snyder, co-auteure du rapport, déclare : « Aucune banque, aucun fonds de pension, aucune compagnie d’assurance ne devrait avoir de relations financières avec des firmes impliquées dans les armes de destruction massive. En cas d’explosion nucléaire, les conséquences pour l’humanité dureront des décennies et on ne disposera d’aucune espèce de remède efficace. Le seul moyen d’empêcher cette catastrophe de se produire, c’est de déclarer hors-la-loi les armes nucléaires et de les éliminer définitivement. Stigmatiser ces armes inhumaines et indiscriminées, les priver de tout investissement, y contribuera. »

Les 10 premiers investisseurs : 175 milliards de dollars

Les 10 premiers investisseurs ont fourni à eux seuls plus de 175 milliards de dollars aux 28 producteurs d’armes nucléaires identifiés. À l’exception de la banque française BNP Paribas, toutes les institutions financières de ce Top10 sont basées aux États-Unis. En Europe, les plus lourds investissements sont le fait de BNP Paribas (France), Royal Bank of Scotland et Barclays (Royaume-Uni). En Asie, les plus gros investisseurs sont Mitsubishi UFJ Financial et Sumitomo Mitsui Financial (Japon) et Life Insurance Corporation of India.

La BNP-Paribas selon son document de « politique sectorielle Défense », issu de sa politique de responsabilité sociale des entreprises ne participerait pas au financement d’entreprises qui produisent des « armes controversées » comme les armes nucléaires, qui « ont des effets indiscriminés et causent des blessures non justifiées ». De même pour renforcer cette mesure, elle indique qu’elle ne souhaite pas être impliquée dans des sociétés qui produiraient des composants spécifiquement conçu pour ces armes. Mais pour Jean-Marie Collin, membre de la Campagne pour l’Abolition des Armes Nucléaires – ICAN, « tout ceci n’est que de la poudre aux yeux, puisque la BNP-Paribas prend soin de noter qu’elle exempte de ces mesures toute les sociétés qui contribuent aux programmes nucléaires des États appartenant à l’Alliance atlantique (OTAN). Doit-on ainsi comprendre que ces armes controversées ne le sont que pour certain États ? C’est un bien étrange concept ! »

Le panthéon

Les investissements dans la production d’armes nucléaires ne sont pas une nécessité, mais un choix, comme le prouvent huit institutions financières placées au panthéon par ce rapport. Ces institutions ont adopté des politiques remarquables excluant tout type d’investissement dans toute société ayant un lien quelconque avec les armes nucléaires. Elles sont situées en Italie, aux Pays-Bas, en Norvège et en Suède.

Selon Susi Snyder, « le désinvestissement fait clairement savoir aux firmes concernées que, aussi longtemps qu’elles resteront liées aux programmes d’armement nucléaire, elles seront considérées elles-mêmes comme illégitimes, et comme un mauvais objet d’investissement. Le désinvestissement, opéré même par un petit nombre d’institutions, peut avoir un impact significatif sur l’orientation stratégique d’une société. » ICAN France va désormais informer les clients de ces différentes institutions bancaires pour leur faire savoir comment est réellement utilisé leur argent et engager des actions pour parvenir à la mise en œuvre de politique de désinvestissement également en France.

Conséquences sur l’humanité

En décembre, le gouvernement autrichien accueillera la troisième conférence intergouvernementale sur l’impact humanitaire des armes nucléaires. Succédant aux conférences tenues en Norvège et au Mexique, plus de 150 États y sont attendus pour approfondir ensemble l’étude des risques et des conséquences liés aux armes nucléaires.

Le rapport a été présenté aujourd’hui à Berlin lors d’une conférence de presse de la campagne allemande pour une politique d’opposition renforcée aux armes nucléaires de la part de la Commerzbank et pour le retrait des investissements dans les firmes d’armement nucléaire.

Le rapport (en anglais) est disponible : dontbankonthebomb.com

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