PrepCom 2014 : Jour 2

Par Dominique Lalanne, Armes Nucléaires Stop.

L’Union européenne est confrontée à une difficulté. Depuis 2007, elle se doit de faire une déclaration au PrepCom puisque le Parlement européen en a voté la décision. Mais cette année, il y a de l’eau dans le gaz. Sur les 28 États membres, 22 ont participé aux conférences d’Oslo et de Nayarit sur les « effets humanitaires catastrophiques d’une frappe nucléaire ». Et ils sont convaincus que la prochaine conférence à Vienne en novembre 2014 sera importante. Mais la France et le Royaume-Uni y sont totalement opposés. Négociation difficile qui se termine par une absence de proposition puisqu’un accord est impossible.

L’intervention ce matin de M. Jacek Bylica au nom de l’Union européenne en est une illustration parfaite. L’attention est d’abord portée sur l’Ukraine pour dénoncer « l’agression de la Russie ». Il faut dire que l’Ukraine s’est associée à la présentation de l’UE…. Sont passés en revue ensuite tous les sujets complètement bloqués depuis 20 ans et qui sont les obsessions des pays nucléaires, présentés comme les étapes incontournables d’un désarmement « pas à pas » : le traité d’interdiction de matière fissile, celui d’interdiction des essais nucléaires, le projet de zone exempte d’arme nucléaire au Moyen-Orient en sont les exemples récurrents. Aucune mention des Conférences sur les conséquences humanitaires comme si elles n’avaient pas existé…. Enfin sont exprimées les préoccupations des dangers jugés actuels : la Corée du Nord et l’Iran… L’Union européenne aurait-elle abandonné tout esprit critique ?

Les ONG présentes organisent chaque jour des débats et des rencontres avec les diplomates en sessions parallèles. Une nouvelle étude a été présentée par l’institut britannique Chatham House sur les cas connus où les armes nucléaires ont failli être utilisées. L’humanité est passé plusieurs fois au bord de l’apocalypse par folie… ou par erreur. Une étude intéressante pour convaincre ceux qui croient à la sécurité apportée par de telles armes.

L’apès-midi de ce deuxième jour a vu l’intervention des ONG qui ont présenté depuis la tribune le questionnement qu’elles souhaitent proposer aux diplomates :

  • Comment faire cohabiter les deux démarches Conférences humanitaires et progrès « pas à pas » ? Ne serait-ce pas possible seulement si tous les États participent aux 2 démarches ?
  • Ne faut-il pas évoluer vers un autre jugement sur la « dissuasion nucléaire » qui ne serait pas une protection mais une menace ? Le livre récent d’Eric Schlosser montre les cas de guerres nucléaires évitées de justesse, y compris jusqu’à une date récente.
  • Pourquoi les armes nucléaires ne sont pas traitées comme des armes, ce qu’elles sont ? Tout le monde est d’accord pour éliminer les autres armes de destruction massive. Pourquoi un tel traité n’existe pas pour les armes nucléaires ?
  • Une nouvelle initiative est nécessaire, alors peut-on poser la question qu’il faut que ce soit dans le cadre de l’ONU ou en dehors ?

Ce PrepCom s’annonce mal. Le blocage organisé par la France sera-t-il contourné par un des autres Etats nucléaires présents dans cette enceinte ?

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