COMMUNIQUÉ : Arsenal nucléaire mondial : la France a-t-elle augmenté son arsenal nucléaire ?

Alors que le SIPRI alerte sur une nouvelle phase de la course aux armements nucléaires, plusieurs signaux interrogent sur la trajectoire nucléaire française. L’apparition de 80 ogives nucléaires « retirées » dans les estimations du SIPRI, l’annonce par Emmanuel Macron d’une augmentation de l’arsenal nucléaire et la fin de la transparence appellent des clarifications de la part des autorités françaises.

 

Inquiétant : le SIPRI estime que le nombre d’armes nucléaires prêtes à l’emploi poursuit sa hausse, passant de 3 912 en 2025 à 4 012 en 2026. Même si le nombre total d’armes nucléaires dans le monde diminue légèrement (12 187 en 2026, contre 12 241 en 2025 et 12 405 en 2024).

Parmi les évolutions relevées figure l’apparition de 80 ogives nucléaires françaises « retirées du stock militaire ». Selon le SIPRI, il s’agirait des anciennes têtes TN-75 débarquées du SNLE Le Vigilant lors de son entrée en indisponibilité périodique pour entretien et réparation à l’automne 2023, avant son retour en service avec le missile M51.3 et la nouvelle tête nucléaire océanique TNO-2 dans les prochaines semaines.

Mais comme le nombre de têtes nucléaires disponibles est toujours de 290, la France aurait-elle produits 80 nouvelles têtes entre 2023 et aujourd’hui ?

Plusieurs autres questions se posent : pourquoi le SIPRI n’a t-il pas par le passé aussi mentionnées, par exemple, les 160 TN75 retirées (des SNLE Le Triomphant et Le Téméraire) en 2015 et en 2019 ? Pourquoi la France n’a-t-elle jamais fait état de ses stocks d’ogives retirées ? Le centre de Valduc (près de Dijon) du Commissariat à l’énergie nucléaire dispose-t-il des capacités nécessaires pour assurer simultanément le démantèlement des 80 ogives mentionnées et la production des nouvelles têtes nucléaires TNO-2 ? 

  • Jean-Marie Collin, directeur d’ICAN France : « La nouvelle donnée du SIPRI remet en question la transparence nucléaire française affichée depuis des années. Si ces ogives TN-75 n’ont pas été démantelées, comment exclure qu’elles constituent déjà un potentiel d’augmentation de plus de 20 % de l’arsenal nucléaire français, puisque le président Macron a annoncé sa volonté de le renforcer ? » 
  • Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements : « Les parlementaires et les citoyens disposent de moins en moins d’informations sur les armes nucléaires françaises. Le manque de transparence sur l’existence et le devenir de ces 80 ogives soulève des interrogations légitimes, tant sur leur sécurité que sur leur stockage et les conditions de leur démantèlement. »

Le SIPRI relève également l’extension de l’alliance nucléaire française à plusieurs États européens : Allemagne, Belgique, Danemark, Grèce, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Suède. Après l’OTAN et l’accord nucléaire entre la Russie et la Biélorussie, cette évolution contribue à banaliser les alliances nucléaires et la théorie de la dissuasion nucléaire. Cette dynamique est d’ailleurs l’une des principales causes de l’échec de la 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, qui vient de s’achever le 22 mai dernier.

La formule présidentielle selon laquelle « pour être libre, il faut être craint et pour être craint, il faut être puissant » véhicule un message profondément proliférant. Un tel discours affaiblit les efforts de non-prolifération et présente la puissance nucléaire comme normale.  Il contribue à légitimer la possession et le renforcement des arsenaux nucléaires. C’est précisément ce qui nourrit aujourd’hui la nouvelle course aux armements nucléaires et renforce l’insécurité des populations avec le risque d’une catastrophe nucléaire accidentelle ou volontaire ! 

 

Communiqué de presse 7 juin 2026.

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