Le Traité de Tlatelolco fête son 50ème anniversaire

Affiche par Carlos García

Alors que la première session des négociations d’un traité d’interdiction des armes nucléaires se tiendra au siège des Nations unies à New-York du 27 au 31 mars, retour sur le traité de Tlatelolco avec lequel est née la première zone exempte d’armes nucléaires dans une région densément peuplée (l’Amérique latine et les Caraïbes) et qui a fêté ses 50 ans le mois dernier.  

 

 

Peu après la crise des missiles cubains en octobre 1962, les efforts diplomatiques pour libérer l’Amérique latine et les Caraïbes de la menace des armes nucléaires commencèrent. C’est le 14 février 1967 que sera finalement signé le « Traité visant à l’interdiction des armes nucléaires en Amérique latine », souvent appelé traité de Tlatelolco, du nom aztèque du quartier de Mexico où se tenaient les négociations. Pour son rôle clé dans cet accord, le diplomate mexicain Alfonso García Robles recevra le prix Nobel de la Paix en 1982.

Cet accord régional, signé et ratifié par l’intégralité des trente-trois États d’Amérique latine et des Caraïbes interdit les essais, l’utilisation, la fabrication, la production, l’acquisition ou le stationnement de toute arme nucléaire à l’intérieur de la zone couverte par le traité, qualifiée depuis de zone exempte d’armes nucléaires (ZEAN).

Le traité assure en outre la dénucléarisation militaire des territoires sous le contrôle d’autres États (la Guyane française par exemple) et offre des garanties de sécurité négatives, c’est à dire l’engagement de la part des États dotés d’armes nucléaires qu’ils ne feront pas usage ou ne menaceront pas de faire usage de ces armes contre les États de la zone.

Enfin, le traité de Tlatelolco lève une ambiguïté du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) en interdisant non seulement le transfert des armes nucléaires mais également leur stationnement sur le territoire des États parties, ce que ne fait pas le TNP. C’est cette imprécision qui permet aujourd’hui aux États-Unis de conserver des armes nucléaires dans un certain nombre de pays d’Europe.

Il y a maintenant cinq zones exemptes d’armes nucléaires dans le monde. Outre l’Amérique latine, les États du Pacifique sud, d’Asie du sud-est, d’Afrique et d’Asie centrale ont conclu des accords similaires. La Mongolie s’est auto-déclarée zone exempte, et a été reconnue comme telle par l’Assemblée générale des Nations unies. Il existe également des traités couvrant l’Antarctique, l’espace extra-atmosphérique, la Lune et les fonds marins. L’Assemblée générale des Nations unies reconnaît d’ailleurs, dans une résolution du 11 décembre 1975, que « les zones exemptes d’armes nucléaires constituent l’un des moyens les plus efficaces d’empêcher la prolifération tant horizontale que verticale des armes nucléaires et de contribuer à éliminer le danger d’une catastrophe nucléaire ».

Dans leur déclaration pour le cinquantième anniversaire de la conclusion du traité de Tlatelolco, les États membres condamnent sévèrement « la modernisation des armes nucléaires existantes et le développement de nouvelles armes » incompatibles avec les engagements pris par les États dotés dans le cadre du TNP, et rappellent que la seule initiative actuelle ayant le potentiel de faire avancer le désarmement nucléaire est la conférence de négociation d’un traité d’interdiction qui se tiendra au siège de l’ONU à New York à partir de mars 2017. La France serait bien avisée d’écouter ces États pionniers qui ont compris il y a cinquante ans que « la seule garantie efficace contre l’emploi ou la menace de l’emploi des armes nucléaires est leur interdiction et leur élimination ».

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